
L’apparition du rap en France remonte à la diffusion de Rapper’s Delight premier titre rap de renommée mondiale sorti en septembre 1979 par le groupe américain Sugarhill Gang. Cependant, si aux États-Unis le rap était avant tout une pratique urbaine qui s’est ensuite diffusée dans les médias, le cheminement a été inverse en France : selon l’universitaire Sébastien Barrio, le rap « s’est d’abord infiltré dans les médias pour ensuite se répandre dans les banlieues et les quartiers défavorisés, bref dans la rue. » Ce fait semble s’avérer pendant l’année 1984 avec la chaîne TF1 qui diffuse une émission nommée H.I.P. H.O.P. animée par Sidney, qui popularise pour la première fois en France la culture hip-hop, dont le rap et lorsque celle-ci est arrêtée en fin d’année, le rap est alors considéré comme un phénomène de mode sur le déclin. On doit signaler aussi les efforts de Bernard Zekri, alors jeune journaliste proche du magazine Actuel, qui a établi des ponts entre New York et Paris en organisant les premiers concerts de rappeurs américains en France, et en participant à des disques tels que Change the beat et Une sale histoire (Beside et Fab Five Freddy, 1982), The Wildstyle (Time Zone/Afrika Bambaataa, 1983) et Odéon (Beside et Bernard Fowler, 1983).
Au cours des années 1980, plusieurs artistes de variété sans grand lien avec la culture Hip-Hop ont sorti des titres de rap ou contenant des parties rappées : Chacun fait (c’qui lui plaît) (Chagrin d’amour, 1981), Vacances j’oublie tout (Élégance, 1982), La Danse des Mots (Jean-Baptiste Mondino 1983), Paris Latino (Bandolero, 1983), Qu’est-ce qu’il a (d’plus que moi ce negro là?) (Krootchey, 1984), Wally boule noire (François Feldman, 1984), Bye cocotiers (Marc Ashy produit par Philippe Quiquine 1985),Bonne bonne humeur ce matin (Tristan, 1988).
Toutefois, en dehors des médias, une scène rap parisienne avait déjà émergé via les sessions open-mic hebdomadaires pendant les après-midi du Bataclan de 1982 à 1983 et de la Grange-aux-Belles de 1983 à 1987 animés par DJ Chabin. On y retrouve Daddy Yod, Destroy Man, Domy Rapper T, Gary Gangster Beat, Jhony Go, JND, Lionel D, Mikey Moseman, Mystic Man, Pablo Master, Richy, etc. Les free jams organisées au terrain vague de la Chapelle en 1986 par Dee Nasty permettent aussi une certaine émulation entre rappeurs (MC Shooz, Lionel D, Jhony Go, MC Iron 2, Destroy Man, etc.) Les soirées Chez Roger Boite Funk au Globo de 1987 à 1988 mettent en scène de nombreux rappeurs qui se feront connaitre ensuite médiatiquement (Nec Plus Ultra avec Assassin, Lionel D, New Generation MC, Saliha, Sheek, Timide & Sans Complexe, etc.). La diffusion médiatique du rap en France s’appuie d’abord sur Radio Nova, radio pirate créée en 1980 et spécialisée sur les musiques nouvelles et expérimentales mais aussi sur des émissions rap hebdomadaires comme sur Radio 7 avec Rapper Dapper Snapper animées par Sidney (1981-1984, puis 1986) ou avec Ben NY Show sur RDH animées par Dee Nasty et Bad Benny (1982-1984).
Plus tard, de 1988 à 1990, Radio Nova consacre une émission entière sur le rap (le Deenastyle) animée par celui qui sera reconnu plus tard comme le parrain du rap français, Lionel D, et par Dee Nasty. Une vraie compétition entre rappeurs s’instaure pendant le Deenastyle, dans la tradition d’ego trip du hip hop. De nombreux rappeurs comme Assassin, Criminal Posse (SLEO), EJM, les Little, MC Solaar, Moda, New Generation MC, Puppa Leslie, Rico, Saxo, Styler (Passi), Suprême NTM, ou encore Timide & Sans Complexe réalisent leurs premières improvisations musicales et verbales en direct (dites freestyles).
À Marseille, en 1986, Akhenaton forme avec NMB, MCP One et Sudio, ainsi que Kheops et les danseurs Marseille City Breakers le groupe Lively Crew. Toujours avec Kheops, il forme ensuite avec Shurik’n et Kephren le groupe B-Boy Stance qui devient IAM en 1988 avec les arrivées d’Imhotep la même année et de Freeman en 1989. Parallèlement, fin des années 1980, se forme le groupe de rap Soul Swing & Radical composé initialement de Faf Larage (alors nommé Dope Rhyme Sayer), de DJ Rebel et de Def Bond (Grand Organisateur DEF).
