Evolution

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S’il est bien issu des populations noires américaines, le rap s’est démocratisé dès le début des années 1990 pour toucher également les populations blanches dont provient une part croissante des créateurs de rap, l’exemple le plus connu étant Eminem. Plus récemment, les pays européens, africains puis asiatiques ont développé leurs propres scènes rap. Ainsi devenu un courant musical mondial très à la mode, le rap génère d’importants flux d’argent. Des radios spécialisées sont apparues mais privilégient les artistes « grand public » dont la promotion est assurée par les majors et aboutissent à une certaine homogénéité au détriment des artistes indépendants. Certains font remarquer que le rap est depuis le début une musique grand public qui, comme tous les genres, contient en son sein des artistes commerciaux et d’autres plus indépendants et peut-être plus créatifs.Il existe aussi le mumble rap qui est un rap émergent et s’affirmant en 2016 mais qui fut expérimenté par Wiz khalifa.

Les évolutions du rap sont nombreuses. On peut parler par exemple de hip-hop instrumental ou hip-hop expérimental (DJ Shadow, RJD2, Big Dada, DJ Krush), une musique très élaborée et qui se fonde sur la rythmique hip-hop. Le rap s’inspire et se mélange aussi aux autres genres jusqu’à brouiller les frontières : rock et métal avec la fusion et le rapcore, trip hop avec le hip-hop expérimental, musiques traditionnelles ou encore électroniques.

Jean-Baptiste Vieille, du magazine musical Tsugi, remarque que Kanye West avec 808s and Heartbreak permet l’émergence du « rappeur vulnérable », qui substitue ainsi à la fin des années 2000 « au modèle viril incarné par 50 Cent ». Il explique que « là où le rap raconte habituellement des histoires d’ascension, du bas vers le haut, la nouvelle génération fait le chemin inverse » à l’image de Drake qui, à peine décollé, « contemple déjà sa réussite avec lassitude ». À partir des années 2000, le rap est considéré par le département d’État américain comme un outil diplomatique : la diffusion de « bon rap musulman » serait un moyen de lutter contre l’embrigadement djihadiste de jeunes du monde entier.


2001

DR. DRE – DR. DRE (2001) | 15$ |


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EMINEM – The Marshall Mathers LP | 17$ |


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EMINEM – The Eminem Show| 17$ |

Âge d’or

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À New York, la guerre des crews (équipes) se termine. Les crews réunissaient des rappeurs (souvent des dizaines) du même quartier, réunis autour d’un producteur charismatique. Le plus célèbre était le Juice Crew de Queensbridge, emmené par le célèbre Marley Marl à qui est attribuée l’invention du sampling (échantillons extraits d’autres morceaux puis inclus dans les boucles). Le Juice Crew a fait de nombreux beefs (luttes) avec les lyricists (paroliers) des autres quartiers. Par exemple, KRS-One, du South Bronx, a défié le Juice Crew par chansons interposées dont le célèbre The Bridge is Over qu’il est venu chanter devant eux dans une salle de Queensbridge.

L’âge d’or, c’est donc l’émergence à New York des duos DJ-MC comme Gang Starr (DJ Premier et Guru), Eric B & Rakim ou Pete Rock & CL Smooth qui continuent l’œuvre de Marley Marl ; et en Californie d’une nouvelle scène Gangsta avec surtout les NWA. À Los Angeles le groupe de rap NWA est fondé par Dr. Dre, Ice Cube, Eazy-E, MC Ren et DJ Yella en 1986, il sévit jusqu’en 1991 après avoir révolutionné le rap. En effet, alors que le rap new-yorkais produit un rap teinté de soul et de jazz à tendance consciente, les NWA créent le gangsta rap, musicalement très inspiré du P-Funk. Il s’agit de raconter leur vécu : les violences policières, les guerres de gangs, et de représenter leur ville Compton.

Leur album Straight Outta Compton est classé comme un monument du hip-hop. Ce groupe permet à la scène rap de la côte ouest d’avoir une visibilité médiatique. Cela est plutôt réussi puisque jusqu’au milieu des années 1990, le rap de Los Angeles domine l’actualité hip-hop (avec les premiers albums solos de Dr. Dre en 1992, de 2pac en 1991, de Snoop Dogg en 1993, Tha Dogg Pound composé de Daz Dillingeret Kurupt en 1995, etc.) pendant toute cette période avec le Gangsta rap et le G-funk (sample de funk de la côte ouest).

Mais le rap de l’est ne baisse pas les bras en sortant des albums de rap pendant cette même période. Se font connaître des artistes issus du Juice Crew comme NAS avec Illmatic en 1994, Mobb Deep (The Infamous en 1995), le Wu-Tang Clan en 1993 avec Enter the Wu tang 36th Chambers, The Notorious B.I.G. en 1994 avec Ready to die. New York produit un rap bien plus sombre faisant le récit de la dure réalité des rues du Queens, du Bronx et de Brooklyn. C’est Puff Daddy qui révolutionne une nouvelle fois le rap new-yorkais en mettant un peu de fête et en samplant de la funk qui permet à Notorious B.I.G. d’avoir une énorme couverture médiatique et de rivaliser avec les rappeurs de Los Angeles. Il s’ensuit d’ailleurs une guerre entre l’est et l’ouest des États-Unis due à la rivalité entre 2Pac et Notorious B.I.G.. Celle-ci se termine par la mort prématurée des deux protagonistes, assassinés en 1996 pour le premier et en 1997 pour le second. Cette date marque la fin d’une époque pour le hip-hop old school.


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WU-TANG CLAN – Enter the Wu-Tang : 36 Chambers (1993) | 25$ |


Illmatic

NAS – Illmatic (1994) | 24$ |

The Message

afrika-bambaataa-abuse-allegationLes années 1980 sont celles de l’explosion du rap avec des groupes politiques (comme Public Enemy) ou entertainment (comme Run–DMC). Dans la lignée du do it yourself des punks new-yorkais (le hip-hop fut d’abord surnommé le « punk noir »), les rappeurs rappaient sur des rythmes synthétiques et brutaux, issus de boîte à rythmes bon marché. Il s’agit d’une véritable musique populaire de rue qui développait ses propres thèmes : d’une part sous l’influence de la Zulu Nation d’Afrika Bambaataa qui voyait dans le hip-hop le moyen d’éloigner les jeunes de la drogue et des gangs et d’émuler leur créativité, d’autre part en tant que témoignage d’une vie difficile (rap « hardcore »). Initialement issu des quartiers défavorisés, le rap à ses débuts est souvent un exutoire au mal-être et aux revendications des jeunes qui les habitent. Les propos violents ou crus sont fréquents, volontiers provocateurs. Le rap est à la fois un phénomène social et une forme artistique à part entière.

En 1982, The Message de Grandmaster Flash est la révolution annoncée. Il s’agit du premier tube hip-hop, une culture de rue qui était alors composée principalement de danse et de DJ-ing. Il est d’ailleurs curieux que, malgré le fait que ce soit le rappeur Melle Mel qu’on entend sur l’enregistrement, le titre est crédité du nom de Grand Master Flash (le DJ – concepteur sonore). Le rappeur n’avait pas le rôle de premier plan qu’il a aujourd’hui. Les rappeurs américains tel que Run–DMC critiquent le racisme des blancs dans leurs chansons, la majorité des auditeurs sont alors des noirs. Les Beastie Boys commencèrent eux aussi à se faire connaître, prouvant et montrant ainsi que la culture hip-hop était bien un mélange de culture et d’influence noir et blanche. Plus tard, Puff Daddy a calqué la musique rap sur les chants doux très en vogue chez les blancs aux États-Unis.


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NWA – Straight Outta Compton (1988) | 31$ |


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PUBLIC ENEMY – It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back (1988) | 28$ |

Génèse

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Le premier rappeur connu fut Herc, constatant que les soirées les plus dansantes du funk, qui dominaient alors les clubs, house parties et dance-floors, étaient les breaks. Afin de s’assurer un plus grand succès, Herc, qui gagnait alors sa vie grâce à son sound-system, se mit à passer en boucle ces breaks. Ce qui allait devenir l’essence du rap, le choix, puis la confection d’une boucle puissante et prenante était déjà là, bien que de façon artisanale: à ce moment (1974-1976) il n’y avait pas d’autre moyen, pour répéter en continu un passage, que de mettre deux disques identiques et de passer de l’un à l’autre. La technique fut améliorée par un passionné de matériel phonographique : Joseph Saddler, plus connu sous le nom de Grandmaster Flash. Flash élabora ce qui allait être connu comme le DJ-ing. Ses premiers essais publics solo ne furent pas des succès, alors il s’associa à Robert Keith « Cowboy » Wiggins, aux frères Glover (Melvin « Melle Mel » et Nathaniel « Kidd Creole ») pour former les Furious 4 et révolutionner la musique.

Amorce d’un renouveau

Guizmo-prC3A9voit-la-sortie-dun-nouvel-album-en-20161Vers la fin des années 2000 et au début des années 2010, le rap français continue à évoluer et à se diversifier, se dirigeant tant vers le rap Hardcore/rap de banlieue que vers le rap conscient, sans oublier le rap comique. Dans le premier, on trouve des artistes comme AlonzoBoobaRohffLa FouineMister YouMac TyerSefyu. Dans l’autre, on peut citer des artistes comme YoussouphaSinik1995MédineKery JamesKeny ArkanaDisiz ou Bakar : qui préfèrent aborder des thèmes politiques, d’amour, ou plus universels comme la misère, les difficultés rencontrées dans la vie, puis dans le dernier on retrouve des rappeurs comme Kamini. L’avènement de nouveaux médias sur Internet et le développement croissant des réseaux sociaux permettent à des nouveaux artistes de se faire connaitre, comme le groupe 1995 ou Orelsan. De nouvelles initiatives les plus diverses essayant de renouer avec les fondamentaux du Hip-Hop se mettent en place via ces nouveaux médias : des ligues de « Battles » a cappella comme Rap Contenders inspirée de ligue Word Up! au Québec, des freestyles à thèmes comme Piège de Freestyle ou encore d’exercice de style avec thème imposé comme les Partiels de Punchline. Toujours au Québec le rap Québécois fait ses premiers pas grâce à 2face cofondateurs du label indépendant Explicit Nation avec l’aide de Taktika Saye Sadik LMC RAR Facekché un des premiers pas pour le rap indépendant francophone. Toutes ces initiatives tendent à mettre en avant la dimension technique du rap tant dans l’écriture que dans le flow.

Dans les années 2010, une nouvelle génération de rappeurs aux styles divers a émergé comme ValdK$KSultanNiskaNiroNémirNekfeuMister YouSexion d’AssautLeck, Espiiem, LacrimKaarisHayce LemsiDamsoGradurFababyDossehCanardoGeorgioBigflo & OliJulSCH ou PNL. Certains artistes renouent avec un style de rap inspiré du Boom Bap des années 1990, c’est notamment le cas des membres de collectifs L’Entourage ou du groupe 1995, mais aussi Guizmo ou encore Bigflo & Oli.

Durant cette décennie, le rap français se démocratise largement et est écouté par des jeunes de toutes classes et milieux sociaux.


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DINOS – IMANY (2018) | 10$ |


UMLA

 

ALPHA WANN – Une Main Lave L’Autre (2018) | 10$ |


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GUIZMO – C’Est Tout. | 15$ |

Nouvelle vague et crise

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L’avènement d’un important marché pour le rap en France durant la fin de la décennie 1990-2000 amène l’apparition de nouveaux artistes qui marqueront le début de la décennie suivante. On peut citer notamment Booba, 113, Disiz, Diam’s, Kamelancien, Kery James, Mafia K’1 Fry, Nessbeal, Psy 4 de la rime, Rim’K, Rohff, Sefyu, Sinik, Sniper ou Soprano. L’esthétique du rap français des années 2000 évolue, les scratchs sont progressivement abandonnés et on préfère au Boom Bap des breaksbeats aux rythmiques plus rapides et saccadées, et dans des instrumentaux davantage inspirés par la musique électronique. Après 2005, sous l’impulsion d’artistes phares comme Rohff, La Fouine ou Booba, le style Dirty South va commencer à s’imposer avec son imagerie Gangsta. Parallèlement, durant toute la décennie se développe une scène dite de « rap de rue » caractérisé par des instrumentaux minimalistes et dont les textes reflètent le quotidien du ghetto, la violence et le trafic de drogue. Des artistes comme Alibi Montana, LIM, Tandem ou encore le Ghetto Fabulous Gang participent à cette tendance.

Cette décennie est perçue par certains amateurs de rap comme une période de décadence où la part-belle est faite à l’individualisme et au matérialisme via l’Egotrip systématique au détriment d’un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap des années 1990. Il a notamment reproché aux médias spécialisés mais aussi généralistes d’avoir donné une image caricaturale du rap en préférant promouvoir les artistes les plus sulfureux. On reproche également au gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et, dans une moindre mesure, au rap de rue, de glorifier la violence et l’économie parallèle, ce qui contribue à ghettoïser le rap français en l’excluant des médias généralistes. Cette période de crispation, aggravée par la crise du disque, est marquée par une certaine rivalité interne entre artistes et un cloisonnement des styles de rap et de leurs publics respectifs. Les morceaux de « clash » se développent, notamment entre Booba, Dam16, Kamélancien, la Fouine, Rohff, Sinik, et Tunisiano, et le rap commercial est de plus en plus conspué par les artistes indépendants. Une rivalité se met également en place entre « rap de rue », et le gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et par sons et imageries basés sur les gangs afro-américains, le premier reprochant au second son inauthenticité et sa soumission aux américains, et ce dernier lui rétorquant que l’influence américaine est logique dans une musique née aux États-Unis et reprochant au « rap de rue » sa piètre qualité et une certaine ringardise.

La période 2000-2010 est en effet marquée par une prise de distance avec le rap américain chez un certain nombre d’artistes tant pour l’image qu’il véhicule que par rapport à la politique étrangère menée par les États-Unis alors présidée par George W. Bush, particulièrement impopulaire dans les banlieues française.


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LUNATIC – Mauvais Œil (2000) | 16$ | 


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BOOBA – Ouest Side (2006) | 12$ |

Médiatisation et âge d’or

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Le début des années 1990 est riche pour le rap français avec la sortie d’une dizaine d’albums francophones dont les artistes se réclament explicitement du rap. L’artiste le plus connu est alors MC Solaar, « qui par son style frais et nouveau, basé sur la poésie, contribua à crédibiliser et à populariser le rap en France, aussi bien au niveau du public que des médias. » Son album Qui sème le vent récolte le tempo commercialisé en 1990 est un succès vendu à plus de 400 000 exemplaires. D’autres artistes connaîtront également un véritable succès (NTM, IAM, Assassin) ou accèderont à une notoriété plus relative (Bouducon Production, Destroy Man, EJM, Lionel D, Little MC, Ministère AMER, Saliha, Sens Unik, Timide et Sans Complexe). La médiatisation du rap se poursuit également avec l’émission « Rapline » créée en 1990 et présentée par Olivier Cachin, qui aborde l’actualité rap américaine et française ; l’émission participera à l’émergence de nombreux artistes et restera à l’antenne durant trois ans et demi. La compilation Rapattitude du DJ Dee Nasty permettra de lancer des artistes parmi les plus importants de la décennie tel que NTM, IAM ou Assassin. Dans le sillage de ces artistes, des beatmakers majeurs vont également émerger comme Cut Killer ou Jimmy Jay.

La profusion d’artistes et d’albums (l’universitaire Karim Hammou recense ainsi environ 450 albums de rap interprétés en français et distribués sur le territoire français de 1990 à 2004) témoigne non seulement de la diversité du rap français, mais aussi d’une appréciation diverse des artistes sur leurs créations respectives. L’universitaire Laurent Béru relate ainsi qu’une scission se crée entre les différents artistes dès leurs premiers succès discographiques des années 1990 entre ceux qui diffusent un discours positif d’espérance, et ceux qui rejettent le « consensus conformiste » et propagent des appels à la révolte (ne serait-ce qu’intellectuelle), ces derniers pouvant généralement être rattachés au courant dit « hardcore. » Cette distinction persiste encore de nos jours. Le milieu de la décennie 1990-2000 est marqué par l’émergence de groupes issus de structures de production indépendantes. Certains obtiendront un succès certain, parmi les plus notables, on peut citer la Cliqua ou plus tard Lunatic. C’est dans cette optique d’indépendance que la scène dite de Rap Conscient se développe et des artistes émergent comme la Rumeur suivant la voie ouverte par Assassin. Un collectif en particulier, le Time Bomb diables rouges, avec la Yusiness les X-Men, Pit Baccardi, Oxmo Puccino, Lunatic, révolutionnera le rap français à tout jamais. À cette époque, les mélodies sont souvent samplées et les rappeurs les exploitent par le biais de rimes souvent en « é » simplement placées en seize mesures. Time Bomb marque cette décennie en alliant dans la forme une écriture technique jouant les assonances et les allitérations; et dans le fond au moyen de fictions. Ce style d’écriture s’est ensuite largement répandu dans le hip-hop français.

Une certaine rivalité entre Paris et Marseille née de l’opposition souvent faite entre NTM et IAM crée une émulation dans la communauté hip-hop au cours de cette période. Ajoutant à cela des succès commerciaux comme MC Solaar ainsi que l’avènement d’une scène indépendante marquée par le projet Time Bomb, amène l’industrie du disque à s’intéresser de plus en plus à la scène du rap français alors que celle-ci était restée relativement frileuse jusqu’alors. Certains collectifs signés en major comme Secteur Ä connaissent un succès retentissant. Un certain nombre de magazines spécialisés apparaissent alors et l’on voit fleurir, dans la veine de Time Bomb, des projets collectifs sous forme de compilations comme L 432 ou encore les projets première classe. La fin des années 1990 voit émerger beaucoup de brillants groupes ou collectifs franciliens tels que la Ärsenik, ATK, La Caution, la Mafia K’1 Fry, la Mafia Trece, le secteur Ä, Scred Connexion ou, à Marseille, avec la Fonky Family. La scène rap hexagonale se développe également au-delà de Paris et de Marseille, notamment avec le groupe KDD à Toulouse ou encore le groupe N.A.P à Strasbourg. Le rap français de la période 1990-2000 est dominé esthétiquement par l’influence de l’école new yorkaise, et le style East Coast caractérisé par des samples de jazz ou de soul sur des rythmes réguliers de 90 BPM aussi appelé Boom Bap, le tout agrémenté de scratchs. Certains groupes y ajoutent des influences africaines ou asiatiques comme IAM notamment. Cependant, d’autres artistes comme le groupe Ministère A.M.E.R. préféreront puiser leurs influences dans le style West Coast marqué par des flows et des instrumentaux plus nonchalants utilisant notamment le synthétiseur ou des boucles de guitares basses.


 

IAM – L’Ecole Du Micro D’Argent ( 1997) | 20$ |


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MC SOLAAR – Qui Sème Le Vent Récolte Le Tempo (1991) | 24$ |

Premiers rappeurs et émergence dans les médias

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L’apparition du rap en France remonte à la diffusion de Rapper’s Delight premier titre rap de renommée mondiale sorti en septembre 1979 par le groupe américain Sugarhill Gang. Cependant, si aux États-Unis le rap était avant tout une pratique urbaine qui s’est ensuite diffusée dans les médias, le cheminement a été inverse en France : selon l’universitaire Sébastien Barrio, le rap « s’est d’abord infiltré dans les médias pour ensuite se répandre dans les banlieues et les quartiers défavorisés, bref dans la rue. » Ce fait semble s’avérer pendant l’année 1984 avec la chaîne TF1 qui diffuse une émission nommée H.I.P. H.O.P. animée par Sidney, qui popularise pour la première fois en France la culture hip-hop, dont le rap et lorsque celle-ci est arrêtée en fin d’année, le rap est alors considéré comme un phénomène de mode sur le déclin. On doit signaler aussi les efforts de Bernard Zekri, alors jeune journaliste proche du magazine Actuel, qui a établi des ponts entre New York et Paris en organisant les premiers concerts de rappeurs américains en France, et en participant à des disques tels que Change the beat et Une sale histoire (Beside et Fab Five Freddy, 1982), The Wildstyle (Time Zone/Afrika Bambaataa, 1983) et Odéon (Beside et Bernard Fowler, 1983).

Au cours des années 1980, plusieurs artistes de variété sans grand lien avec la culture Hip-Hop ont sorti des titres de rap ou contenant des parties rappées : Chacun fait (c’qui lui plaît) (Chagrin d’amour, 1981), Vacances j’oublie tout (Élégance, 1982), La Danse des Mots (Jean-Baptiste Mondino 1983), Paris Latino (Bandolero, 1983), Qu’est-ce qu’il a (d’plus que moi ce negro là?) (Krootchey, 1984), Wally boule noire (François Feldman, 1984), Bye cocotiers (Marc Ashy produit par Philippe Quiquine 1985),Bonne bonne humeur ce matin (Tristan, 1988).

Toutefois, en dehors des médias, une scène rap parisienne avait déjà émergé via les sessions open-mic hebdomadaires pendant les après-midi du Bataclan de 1982 à 1983 et de la Grange-aux-Belles de 1983 à 1987 animés par DJ Chabin. On y retrouve Daddy Yod, Destroy Man, Domy Rapper T, Gary Gangster Beat, Jhony Go, JND, Lionel D, Mikey Moseman, Mystic Man, Pablo Master, Richy, etc. Les free jams organisées au terrain vague de la Chapelle en 1986 par Dee Nasty permettent aussi une certaine émulation entre rappeurs (MC Shooz, Lionel D, Jhony Go, MC Iron 2, Destroy Man, etc.) Les soirées Chez Roger Boite Funk au Globo de 1987 à 1988 mettent en scène de nombreux rappeurs qui se feront connaitre ensuite médiatiquement (Nec Plus Ultra avec Assassin, Lionel D, New Generation MC, Saliha, Sheek, Timide & Sans Complexe, etc.). La diffusion médiatique du rap en France s’appuie d’abord sur Radio Nova, radio pirate créée en 1980 et spécialisée sur les musiques nouvelles et expérimentales mais aussi sur des émissions rap hebdomadaires comme sur Radio 7 avec Rapper Dapper Snapper animées par Sidney (1981-1984, puis 1986) ou avec Ben NY Show sur RDH animées par Dee Nasty et Bad Benny (1982-1984).

Plus tard, de 1988 à 1990, Radio Nova consacre une émission entière sur le rap (le Deenastyle) animée par celui qui sera reconnu plus tard comme le parrain du rap français, Lionel D, et par Dee Nasty. Une vraie compétition entre rappeurs s’instaure pendant le Deenastyle, dans la tradition d’ego trip du hip hop. De nombreux rappeurs comme Assassin, Criminal Posse (SLEO), EJM, les Little, MC Solaar, Moda, New Generation MC, Puppa Leslie, Rico, Saxo, Styler (Passi), Suprême NTM, ou encore Timide & Sans Complexe réalisent leurs premières improvisations musicales et verbales en direct (dites freestyles).

À Marseille, en 1986, Akhenaton forme avec NMB, MCP One et Sudio, ainsi que Kheops et les danseurs Marseille City Breakers le groupe Lively Crew. Toujours avec Kheops, il forme ensuite avec Shurik’n et Kephren le groupe B-Boy Stance qui devient IAM en 1988 avec les arrivées d’Imhotep la même année et de Freeman en 1989. Parallèlement, fin des années 1980, se forme le groupe de rap Soul Swing & Radical composé initialement de Faf Larage (alors nommé Dope Rhyme Sayer), de DJ Rebel et de Def Bond (Grand Organisateur DEF).