Nouvelle vague et crise

De-booba-à-113-jai-photographié-le-meilleur-du-rap-français-des-années-2000

L’avènement d’un important marché pour le rap en France durant la fin de la décennie 1990-2000 amène l’apparition de nouveaux artistes qui marqueront le début de la décennie suivante. On peut citer notamment Booba, 113, Disiz, Diam’s, Kamelancien, Kery James, Mafia K’1 Fry, Nessbeal, Psy 4 de la rime, Rim’K, Rohff, Sefyu, Sinik, Sniper ou Soprano. L’esthétique du rap français des années 2000 évolue, les scratchs sont progressivement abandonnés et on préfère au Boom Bap des breaksbeats aux rythmiques plus rapides et saccadées, et dans des instrumentaux davantage inspirés par la musique électronique. Après 2005, sous l’impulsion d’artistes phares comme Rohff, La Fouine ou Booba, le style Dirty South va commencer à s’imposer avec son imagerie Gangsta. Parallèlement, durant toute la décennie se développe une scène dite de « rap de rue » caractérisé par des instrumentaux minimalistes et dont les textes reflètent le quotidien du ghetto, la violence et le trafic de drogue. Des artistes comme Alibi Montana, LIM, Tandem ou encore le Ghetto Fabulous Gang participent à cette tendance.

Cette décennie est perçue par certains amateurs de rap comme une période de décadence où la part-belle est faite à l’individualisme et au matérialisme via l’Egotrip systématique au détriment d’un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap des années 1990. Il a notamment reproché aux médias spécialisés mais aussi généralistes d’avoir donné une image caricaturale du rap en préférant promouvoir les artistes les plus sulfureux. On reproche également au gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et, dans une moindre mesure, au rap de rue, de glorifier la violence et l’économie parallèle, ce qui contribue à ghettoïser le rap français en l’excluant des médias généralistes. Cette période de crispation, aggravée par la crise du disque, est marquée par une certaine rivalité interne entre artistes et un cloisonnement des styles de rap et de leurs publics respectifs. Les morceaux de « clash » se développent, notamment entre Booba, Dam16, Kamélancien, la Fouine, Rohff, Sinik, et Tunisiano, et le rap commercial est de plus en plus conspué par les artistes indépendants. Une rivalité se met également en place entre « rap de rue », et le gangsta rap inspiré par la vague Dirty South et par sons et imageries basés sur les gangs afro-américains, le premier reprochant au second son inauthenticité et sa soumission aux américains, et ce dernier lui rétorquant que l’influence américaine est logique dans une musique née aux États-Unis et reprochant au « rap de rue » sa piètre qualité et une certaine ringardise.

La période 2000-2010 est en effet marquée par une prise de distance avec le rap américain chez un certain nombre d’artistes tant pour l’image qu’il véhicule que par rapport à la politique étrangère menée par les États-Unis alors présidée par George W. Bush, particulièrement impopulaire dans les banlieues française.


lunatic-mauvais-oeil

LUNATIC – Mauvais Œil (2000) | 16$ | 


Ouest-side

 

BOOBA – Ouest Side (2006) | 12$ |

Laisser un commentaire